L'ALGERIE FRANÇAISE

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Nous n'avons pas grand chose sur Claude Piegts, pourtant, tout comme ses frères d'armes, luttant pour l'Algérie française, cet homme d'honneur nous ne pouvons l'oublier !

Claude est né le 1er janvier 1934 dans une ville d'Algérie appelée Castiglione, aujourd'hui, connu sous le nom de Bou Ismaïl. Il était donc un pied noir tout comme ses ancêtres qui avaient pour la première fois, posé les pieds sur le sol algérien.

 

Lui aussi était un ancien légionnaire parachutiste qui avait donné sa vie pour le 1er REP comme il a donné sa vie pour ses idées, pour son pays ! Avant d'épouser une carrière dans l'armée, Claude était agent d'assurances à Alger, puis la conjoncture actuelle surtout après le discours de de Gaulle l'interpelle, comment un  pied noir peut-il accepter de perdre une partie de son pays ,et tout ce qui l'y attache?

 

Non ! Il s'y refuse et ce sera la raison pour laquelle il rejoindra le lieutenant Roger Degueldre, tout comme l'a fait son ami et sergent Albert Dovecar dans les rangs de l'OAS, dernier espoir pour la sauvegarde de l'Algérie. Une sombre affaire d'assassinat lui sera collée sur le dos, la même affaire dont le sergent Albert Dovecar devra endosser la responsabilité et pourtant tous deux n'ayant pas participé même si l'idée première était présente dans leur tête !

 

Le hasard s'il existe, je parlerais plutôt du destin...voulut que Albert Dovecar chef du Commando Delta 1, n'était pas présent dans la villa, quant à Claude Piegts c'est la parole d'un homme d'honneur et chef de l'organisation DELTA qui tentera de l'innocenter, mais en vain ! Lorsque l'on veut abattre son chien on dit qu'il a la rage! Claude Piegts ce jour là, devait être enragé même si absent...

 

L'affaire Gavoury sera  la mèche qui allumera la poudre et il sera reconnu coupable de l'assassinat du commissaire central en poste à Alger, Roger Gavoury. ce 31 mai 1961. Coupable bien sûr et condamné à mort sur ordre de de Gaulle qui une fois encore fera un exemple en le faisant fusiller dans l'enceinte du Trou d'Enfer à Marly-le-Roy le 7 juin 1962.

Depuis, Claude repose au cimetière de Touvet en Isère.

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Le 7 juin 1962, Il est 2h30 du matin lorsque des avocats, le procureur de la République, des magistrats et des officiers pénètrent dans la celle des condamnés. Les cellules sont éclairées et gardées par des hommes en arme la cellule du général Raoul Salan reste dans la pénombre, mais il sait...

Albert Dovecar et Claude Piegts, dorment profondément, chacun dans leur cellule respective, eux aussi savent mais espèrent toujours la clémence et le recours en grâce, c'est mal connaître leur accusateur qui tel un arbitre ne revient jamais sur ses décisions prises, qu'importe s'il a tort ou raison, en tous les cas il aura raison ! Nos deux amis, espèrent toujours, car pour eux après 68 jours enchainés ils auront subi la foudre ,et rien d'autre ne peut leur arriver, d'autant que qu'une lettre reçue dernièrement du général Jouhaud et du général Salan leur étaient parvenue pleine d'espoir... il y avait aussi cette intervention du Royaume d'Autriche intercédant à la faveur de "Bobby" (Albert Dovecar) mais rien n'a subsisté en ce sens de Gaulle a dit et les ordres sont les ordres! Ils seront fusillés !

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Le choix de l'ouverture première des cellules est vite fait, c'est tout d'abord la lourde porte cadenassée qui sera ouverte. Le procureur s'approche de Bobby, qui dort du sommeil du juste en chien de fusil face à la paroi en béton du mur de sa cellule. Celui qui l'aura condamné hier le secoue timidement aujourd'hui allant même jusqu'à prononcer "Réveillez-vous, soyez courageux !" Il aurait été simple de savoir qui le plus courageux si le procureur avait été à sa place ! Bobby paré de son pyjama bleu de prisonnier, ne se réveille pas, le procureur insiste et le secoue de nouveau... sorti de ses rêves, Bobby s'assied sans trop comprendre la présence , pose un coude en appui et réalise que la présence à cette heure matinale de cette armada de col blancs justiciers et bien là pour autre chose que lui apporter son petit-déjeuner. Soudain il le lève d'un bons et revoilà notre sergent Albert Dovecar prêt à accepter une autre mission, cette mission sera la dernière et il le sait dorénavant ! Au gardien qui tentera de lui présenter la tenue du condamné il refusera énergiquement et et se jettera sur son uniforme de soldat, de légionnaire du 1er REP qu'il est et restera jusqu'à ce que la vie l'abandonne.

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L'uniforme, le foulard légion et le béret vert, le voici prêt à affronter le Trou d'Enfer ! Le sergent tiendra à arborer ses décorations, une épingle de sureté y pourvoira rapidement.

Pendant ce temps dans l'autre cellule, se joue le même rituel, l'entrée des justiciers, le réveil du guerrier, Claude Piegts est prêt  mais toutefois peiné que son compagnon d'armes, son chef se retrouve dans la même position à l'instant même et que tous deux seront amenés vers ce sui deviendra leur avant dernière demeure...

 

Claude ne dispose plus de son uniforme aussi revêt-il des habits civils et nouera quant à lui un foulard aux couleurs tricolores. Claude est un chrétien confirmé, il obtiendra la confession des derniers sacrements devant un messager de Dieu, le curé appelé pour la circonstance comme il est de rigueur lorsque des hommes ont ce droit de tuer d'autres hommes ! Il remettra deux lettres manuscrites l'une à l'attention de sa femme et l'autre à son frère. Puis dans le couloir où l'attend son ami Albert, il le rejoindra...et tous deux s'éteindront comme deux frères !

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Dans une cellule proche, le général Jouhaud condamné lui aussi à mort ne se doute pas du petit remue-ménage qui se trame dans la coursive. Claude Piegts  portant l'index à la bouche..." Chut ! Faites doucement, il pourrait croire que c'est pour lui"! Le départ dans le couloir se fera comme si tous ayant compris le message, marcheront sur des oeufs... Arrivés au greffe, les menottes sont enlevées, le procureur signe la levée d'écrou pour nos deux compères. Aussitôt leur est offert un verre de vin chaud, Piegts refusera de s'abreuver à ce qui pour lui restera le nectar de la traîtrise et de la perfidie ! Si les menottes sont enlevées, des chaînes vont cependant de nouveau les unir à la vie à la mort dans ce qui sera leur toute dernière opération. Une déclaration enregistrée leur est tendue pour que chacun la signe, cette déclaration pour Piegts n'est qu'une protestation de plus, il signera sa protestation !

Deux aumôniers accompagnent les deux guerriers jusqu'au fourgon cellulaire qui mettra 37 minutes pour arriver au Trou de l'Enfer ! 

La sortie de la prison se fait en grandes pompes, tout le gratin est bien là, le peloton de motard traçant la route comme le feraient des oies sauvages, derrière les voitures de police, suivies par trois cages à poules mobiles et les justiciers de l'Etat fermant la marche avec derrière eux une escouade de gendarmes en moto. Tous suivant le convoi bêtement et tous sans aucun état d'âme pour nos martyrs et combattants de l'Algérie française ! Depuis 3h35, heure à laquelle les lourdes portes cochères de la prison de Fresnes se sont ouvertes puis refermées tout ce petit monde bien pensant, excepté celui dans les cellules des fourgons, se dirige vers le fort du Trou de l'Enfer ! La forêt de Marly traversée débouche sur une petite allée, où les murs lugubres du fort interagissent avec l'esprit, dégageant à eux seuls et l'entrée morbide du portail creusé dans la voute une image de l'enfer !

Le spectacle va bientôt commencer, à chacun de trouver la place adéquate qui les fera jubiler... Sur un petit monticule deux poteaux se dressent prêts à accueillir les nouveaux venus, en face à 6 mètres, deux pelotons de 12 hommes chacun composé de 4 sergents, 4 caporaux et 4 hommes du rang, tous portent treillis, casque et bien sûr sont armés observant une totale neutralité dans la hiérarchie militaire. L'adjudant-chef commandant le peloton d'exécution leur tend un foulard que tous deux refusent, en revanche pour Claude Piegts une petite croix en céramique l'accompagne, et le foulard légion dans les mains du sergent Albert Dovecar serrant ce dernier. Lorsque l'adjudant-chef lève son épée, aussitôt une salve meurtrière s'abat sur nos deux suppliciés...

 

Claude PIegts le pied noir a juste le temps de crier "Visez au coeur, vive l'Algérie française!" Au moment où le sergent Albert Dovecar crie à son tour "Vive l'Autriche, vive la Légion !", les deux corps s'affalent touchés à mort par les tirs anonymes. Le coup de grâce est donné par le chef du peloton ! Il est 4h12 !

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L'adjudant-chef ordonne de décrocher les corps inertes, tandis que le sang versé de ces étrangers s'imprègne sur cette terre de France assassine, Le foulard vert du sergent du 1er REP, entaché de rouge laisse dévoiler ses dernières inscriptions gravés en lettres noires.." On ne peut demander à un soldat de se parjurer! "

Les deux aumôniers se mettent à genou, joignent les mains pour prier et invoquer sans doute le pardon, mais de qui? Tous assistent à la mise en bière, pour ce faire un fourgon mortuaire est présent, drapé de rideaux noirs baissés, où les deux cercueils emportant nos deux légionnaires sont hissés puis glissés au fin fond du camion. Lorsque le fourgon atteint le porche d'entrée du fort, des soldats au garde-à-vous présentent les armes ! Beaucoup faisant partie du premier convoi s'en sont allés vaquer à leurs occupations, Le spectacle est terminé il leur tarde de rentrer !

 

Il ne reste que quelques voitures et une vingtaine de motards pour suivre et précéder le cortège funéraire jusqu'au cimetière de Thiais . C'est dans la division 8, la même fosse commune, que les deux corps sont inhumés, le premier à l'être est celui de la dépouille du sergent Albert Dovecar et puis Claude Piegts. Bien entendu la présence de vautours se ruant sur leurs proies et leur appareil photo, pour les manchettes du lendemain dans les journaux. Ces vautours se hissant haut perché sur les murs d'enceinte du cimetière ont été cependant chassés par des gardiens de la paix.

 

C'est dans ce même quartier destiné au suppliciés de tout bord, que Pierre Laval et Jean-Hérold Paquis en 1945 avaient été jetés, puis enfouis dans un buisson épars ! Tous deux condamnés à mort pour haute trahison, alliance avec l'ennemi et complot contre la sûreté intérieure de l'État .

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